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« La nuit n’est pas le négatif du jour ; les surfaces ne cessent pas d’être blanches pour devenir noires : en réalité, ce ne sont pas les mêmes images. Tout s’est déformé, le soir, en une divagation crépusculaire, suivant des perspectives et des plans irréels ».

Paul Morand, préface à Paris de nuit

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          Nouakchott, été 2020. La capitale de la République Islamique de Mauritanie (RIM) est sous cloche. Les frontières du pays sont verrouillées. Les routes coupées. Le pays est plongé dans la platitude désertique de l’immobilité. Pandémie, couvre-feu nocturne, avancer masqué. Soleil trop haut, sable trop sec, vent trop chaud. Les journées apathiques se succèdent

– berceau, pour ma part, des litanies de pensées obsessives, des fantasmes d’évasion, de l’angoisse d’un temps figé.

Les « choses de la nuit », à Nouakchott, sont éclipsées par un virus ; les hôtels de passe sont vides. Les rues dédiées aux rodéos nocturnes aussi. Plus de palabre aux thés sur le perron des maisons. Chacun chez soi, sauf quant on n’en n’a pas : exilé dans une ville qui m’est étrangère, je dérive, anonyme, au hasard d’errances nocturnes.

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A la croisée des écritures documentaires et autobiographiques, « Vois comme la Nuit en Nous est Blême » dresse un état des lieux urbains et émotionnels. Au fil des errances, des correspondances s’établissent entre le lieu et mon corps. L’un devient l’image de l’autre. Les nuits passent. Peu à peu émerge une géographie intime. J’entreprends, comme l’écrit Serge Tisseron, de « mêler indissolublement [m]on ombre à l’ombre des choses ». Miroir de mes aberrations, Nouakchott étouffe.

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E N F E R M E M E N T

Le medium photographique ici est fait outil. Son usage, spontané, vise à enfermer le réel – mais il se dérobe. Il est voilé par l’obscurité. Ai-je bien vu ? Ai-je rêvé ? Le boitier ne recèle que des ombres indistinctes. La preuve est incomplète. 

Pourtant, « il s’agit de voir clair, toute de suite », me somme Henri Michaud.

N E GA T I F

Montrer ce que l’oeil ne peut pas voir. Révéler la nuit au carré.

« Regarder dans la nuit ce que dissimule la nuit, l’autre nuit, la dissimulation qui apparait », indique Maurice Blanchot.

D I P T Y Q U E

Donner corps aux obsessions. Créer des ponts temporels entre la nuit dernière et l’autre nuit.

Des arches spatiales entre deux rues distantes d’un kilomètre. Questionner la perception.

MAC H I N E

Écouter les Autres crier. Huiler l’engrenage de ma pensée. Machiner sur machine à écrire.

Déconstruire le verbe. Encrer mes obsessions. Entrer au cœur de la nuit.

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« Vois comme la Nuit en Nous est Blême »,
Tentative de Conjuration de l’enfermement par l’Enfermement


 

 

Ici, à retrouver, les planches HD de « Vois Comme la Nuit en Nous est Blême ».